Le Gaslighting en santé mentale
Dans un article précédent je faisais un parallèle entre le coming out queer et le coming out neuroatypique.
La grosse différence c’est que le coming out neuroatypique, quand ca se passe mal, génère non pas un rejet mais un gashlighting de malade mental
Ce dont tu me parles, c’est ni le moment l’endroit
Et si ca l’était, ce dont tu me racontes, ca n’existe pas.
Et si ca existait, ce que tu me dis c’est faux
Et si c’était vrai, c’est pas important
Et si ca l’est, tout le monde a ce problème
Et si c’était juste un problème que vous avez vous, vous l’avez bien mérité
Oui, mais comment ca marche ce gaslighting ?
Comment on fait pour empêcher toute une société de parler clairement de la souffrance de millions et de millions de leurs époux, enfants, collègues, amis, parents, .... ?
C’est un sacré tour de force quand même.
J’ai une thèse que je voudrais vous présenter
Le rapport psychotique que nous avons à l’Autorité Médicale est un vecteur crucial de cette chape de plomb.
Ce que je décline en trois principes.
Les 3 principes de notre rapport psychotique à l’Autorité Médicale
Principe n°1 de notre rapport psychotique à l’Autorité Médicale
Tant que l’Autorité Médicale n’a pas statué par un Diagnostic Officiel, alors on ne peut rien dire. Même au conditionnel. Même comme piste à explorer. Même en chuchotant dans l’intimité.
Principe n°2 de notre rapport psychotique à l’Autorité Médicale
Si l’Autorité Médicale a statué, ouf, on est soulagés, l’affaire est maintenant en de bonnes mains. Le psychiatre s’occupe de tout, il va trouver la combinaison chimique dans le cerveau, ca va juste prendre un peu de temps. On n’a plus besoin de s’intéresser à la question.
Principe n°3 de notre rapport psychotique à l’Autorité Médicale
Après que l’Autorité Médicale ait statué, le Diagnostic Officiel devient une Vérité Immuable pour les siècles des siècles.
Quand on souffre, on va chez un médecin... ou pas ?
En matière de santé physique, carrément
Quand on a des douleurs de dos, de règles, etc....
on est super motivés pour aller voir un médecin.
En matière de santé mentale par contre c’est une toute autre affaire.
Énormément de gens qui sont clairement en burn out sont réticents à mettre les pieds chez un psychiatre.
Ca parait absurde.
La souffrance est universelle. Qu’il s’agisse de santé mentale, ou de santé physique, le cerveau ne connait qu’une seule manière de souffrir.
Parce que la souffrance est universelle, la santé est une et indivisible.
On devrait avoir les mêmes réflexes en santé mentale qu’en santé physique.
Pourtant les gens ont raison de se méfier de la psychiatrie
Je m’y connais en matière de merdes de santé mentale.
15 ans d’expérience feront toujours la différence
Attention, le problème n’est pas la psychiatrie en soi !
Je vais voir un psychiatre régulièrement pour des visites de routines.
Je l’apprécie.
En vrai la plupart du temps, il se passe pas grand chose dans ces sessions.
Des visites de suivi de routine.
Je suis content qu’il ne s’y passe pas grand chose, ca veut dire que je vais bien.
2-3 fois la situation était en train de partir en vrille, et mon psychiatre a été une ressource indispensable pour ne pas... partir vraiment en vrille.
Tout ce qui peut soulager la douleur est bon à prendre.
La médecine, la science, les médicaments sont évidemment des outils importants pour soulager la souffrance mentale.
Par contre il y a un petit secrets dont la société ne veut pas entendre parler.
La psychiatrie est utile mais elle est à elle seule très insuffisante pour soulager la souffrance mentale
Et là on se dit. Ok pas de problèmes, il suffit de mobiliser, en plus de la psychiatrie, tous les outils qui aident à soulager la souffrance mentale ?
Et pourtant c’est exactement cela qu’on ne fait pas
J’ai un diagnostic officiel de bipolaire / maniaquo-dépressif
Je suis un expert des crises de dépression depuis 2009.
Cette partie là, c’est clair comme 2 + 2 = 4.
Début 2011, percée considérable grace à mon psychiatre parisien de l’èpoque. Je ne suis pas seulement dépressif, je suis officiellement maniquo-dépressif. Ou bipolaire, c’est la même chose.
La bipolarité c’est une alternance terrible où les phases de dépression alternent avec leur contraire, les phases de manie.
les efforts pour sortir de la dépression débordent vers une phase de manie
la phase de manie nous épuise et nous font retomber dans la dépression.
Un enfer
Mais au moins on sait pourquoi.
Ouf, l’Autorité Médicale a statué.
Maintenant on comprend pourquoi les crises reviennent
Maintenant on comprend pourquoi j’avais été super chelou pendant deux épisodes d’une semaine
Maintenant on comprends qu’il ne faut surtout pas me donner des antidépresseurs
Application du Principe 1
Avant ce diagnostic, il était socialement interdit de parler clairement du sale état mental dans lequel j’étais.
Du coup personne ne comprenait rien.
Maintenant tout le monde a l’impression que le problème est en voie de règlement.
Il faut juste attendre que le psychiatre trouve l’équilibre chimique magique dans le cerveau qui va tout régler.
Oui ca prend du temps, c’est super relou, il y a des rechutes.
Mais l’affaire est en de bonnes mains médicales experts.
Croit on.
Par conséquent cela ne sert à rien de se renseigner vraiment sur la bipolarité.
Si vous êtes bons en maths, vous avez du vous rendre compte d’un truc.
Il ne faut se renseigner vraiment, ni avant, ni après
J’ai mis très longtemps à m’en rendre compte parce que j’étais moi même dans un brouillard de confusion terrible.
Mais le constat est implacable est cruel.
Mes proches sont restés pendant 10 ans ignares sur ce qui m’arrivait
C’est pas qu’ils ne savent rien, c’est que ce qu’ils savent est profondément superficiel.
Et mélangé à des trucs qu’ils croient savoir et qui est complètement faux.
En gros mes proches comprennent aussi bien la dépression que moi je comprend l’endométriose.
C’est pas non plus tous mes proches, mais largement plus de 90%.
Et même chez la meilleure !
Car oui parmi tous mes proches, il y a une perle rare qui est largement au-dessus du lot.
Qui vous demanderez ?
🥁🥁🥁🥁🥁🥁🥁
Non mais il n’y a pas de suspense
Katerine c’est quand même ma femme (à l’époque).
Katerine c’est quand même une psychologue de formation
Katerine c’est quand même une meuf d’une intelligence et d’une lucidité peu commune.
Bien sûr que c’est Katerine qui me comprend le mieux.
Y’a pas photo.
Et pourtant Katerine ne sait souvent pas sur quel pied danser
Et c’est dommage car j’adore tellement danser.
Salsa
Tango
Rock
Cumbia
Je prends tout.
Alors pourquoi Katerine n’a pas réussi alors qu’elle avait toutes les cartes en main ?
Application du Principe 2
Le vrai problème est très simple.
La dépression est un handicap beaucoup trop lourd pour que ce fardeau repose sur les épaules d’une seule personne
Il faut tout un village pour soulager un dépressif
Et c’est justement ce qui est interdit socialement par le deuxième principe du rapport psychotique à l’Autorité Médicale.
Vu que je suis en de bonnes mains médicales, y’a pas besoin pour mes proches de se renseigner sur la dépression
Si chacun portait un kilo, ca soulagerait vachement la tache de Katerine pourtant.
En vrai, trouver l’équilibre magique des substances chimiques dans le cerveau ca suffit pas.
Prochain épisode
On va parler de ceci
Principe 3 : après que l’Autorité Médicale a statué, le Diagnostic Officiel devient une Vérité Immuable pour les siècles des siècles.


