On m’aurait dit il y a 20 ans que j’aurais trouvé l’appel du 18 juin fascinant, je ne vous aurais pas cru.
Mais on ne va pas se le cacher : en ce moment, ça pue, et pas qu’un peu !
Comme un parfum d’années 30
Une nouvelle internationale d’extrême droite est montée en puissance depuis une dizaine d’années.
Oh il y avait des précurseurs comme la Hongrie d’Orban ou la Turquie de Erdoğan, mais qu’il était facile de tourner en dérision ou prendre par le mépris.
C’est devenu impossible en 2016, annus horribilus, où les États-Unis et le Royaume-Uni, les deux survivants parmi les trois vainqueurs de la seconde guerre mondiale, décident simultanément de faire hara kiri en votant les pleins pouvoirs aux clowns sinistre du GOP et du Brexit.
Cette nouvelle ravage actuellement l’Amérique du Sud, continent cher à mon coeur. La Colombie retient son souffle ce week-end où son avenir va se jouer à pile ou face. Va t’elle à son tour être ravagée par la même engance de sinistre clowns à la solde de Trump que le Brésil de Bolsonaro, l’Argentine de Milleil.
L’Europe, continent vieillissant, promet d’être sa prochaine victime. Sans parler de l’Ukraine, carrément victime d’une guerre des tranchées absurde et criminelle, l’Italie est gouvernée par des fans de Mussolini. L’Allemagne résiste encore, pour combien de temps encore ?
En France, Jordan Bardella, dont le seul mérite est d’avoir un profil de genre idéal ayant couché avec les héritières de Vichy, de l’Algérie Française et plus récemment de l’Ancien Régime, se voit déjà détenir les pleins pouvoirs du chateau de l’Élysée.
Derrière cette vague MAGA, des réseaux puissants qu’il serait fou de mépriser. Certes les trumpistes au pouvoir sont des clows, mais c’était aussi le cas de Mussolini. Quand on donne à un clown des pouvoirs aussi exhorbitants, il ne peut rien en résulter de bon.
Surtout derrière ces clowns, il y a des réseaux extrêmement bien structurés. Une idéologie assumée qui cultive méthodiquement nos côtés les plus réacs. La puissance financière de ces milliardaires héritiers de ceux qui ont mis les fascistes au pouvoir dans les années 30. Une puissance de feu médiatique considérable, tant dans les médias classiques avec Vincent Bolloré en France, que dans les “social media”, terreau fertiles pour l’extrêmes droite, conçu par et pour nos nouveaux tyrans : Elon Musk et Marc Zuckerberg.
Comment réagir ?
Par la passivité de la politique de l’autruche ?
Ou au contraire en vivant dans une peur constante ?
Dans les deux cas, on va dans le mur.
C’est dans un tel contexte que j’ai relu l’appel du 18 juin hier.
Parce que on a beau dire, même si la situation aujourd’hui est sombre, c’était largement pire en 1940 et on s’en est sortis !
Et c’est passionnant de relire ce texte fondateur de la France moderne, se replonger dans le contexte où il est sorti, et mieux comprendre comment les antifascistes ont fait front à ce traumatisme terrifiant, en France et dans le monde entier.
Désigner l’ennemi
Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.
Il est tentant face à une accumulation de mauvaises nouvelles d’attribuer ca à la fataité, à un phénomène naturel qui nous dépasse, et auquel il est par conséquent vain de s’opposer. Je suis d’ailleurs coupable de ça moi-même dans mon paragraphe d’introduction où je parle de vague d’extrême droite. Qui va s’opposer à la marée ?
En réalité ce sont bel et bien des êtres humains facilement identifiables qui portent des responsabilités cruciales dans les mauvaises nouvelles qui nous accable. Au niveau financier et médiatique, la presse d’extrême-droite appartient bien à quelqu’un, c’était vrai il y a un siècle et ça le reste aujourd’hui. Au niveau politique on peut de même identifier les responsables principaux qui par leur action ou leur passivité nous mettent tous dans la merde.
De Gaulle ne commet pas la même erreur que moi et identifie dès la première phrase les coupables.
Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.
L’ennemi désigné par De Gaulle :
Ces hauts gradés militaires qui présentent comme un bouclier et un rempart, alors que c’est celà même qui sont responsables de la défaite militaire.
Ceux qui vont bientôt gouverner depuis Vichy la section française de l’internationale fasciste.
Ceux qui se présentent comme des patriotes alors même qu’ils accueillent comme une “divine surprise” la victoire de l’ennemi.
La situation est grave
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi.
Mettez-vous à la place d’une France qui avait été absolument traumatisée par la première guerre mondiale.
Une France qui possédait la seule armée au monde en 1940 de faire obstacle à la machine de guerre fasciste.
Une armée qui pourtant se fait balayer de manière presque surnaturelle en quelques semaines.
Dans une situation de crise, la première étape est de reconnaitre sans détour la gravité de la crise.
La crise a des raisons spécifiques
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer.
Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.
Si la crise est grave, les raisons qui nous ont mis dans la merde, elles, sont étonemment spécifiques.
De Gaulle connait très bien les raisons de cette “Étrange Défaite” pour en avoir dressé en tant que tacticien militaire une analyse impeccable.
Il a ensuite tenté en vain d’alerter les responsables militaires des angles morts béants dans leur doctrine militaire, angles morts béants dans lesquels les tacticiens fascistes allaient s’engouffrer pour complètement désorganiser l’armée française et ses alliés.
Il a ensuite tenté en vain d’aller convaincre les responsables politiques d’investir dans cette force mécanique, terrestre et aérienne, qui fera cruellement défaut.
On est fichus ?
Mais le dernier mot est-il dit ?
L’espérance doit-elle disparaître ?
La défaite est-elle définitive ?
Non !
La prochaine chose dont on a besoin après avoir reconnu la gravité de la crise, c’est des raisons d’espérer.
De Gaulle trouve les mots pour cette transition.
Faites moi confiance
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
De Gaulle sait que ce n’est pas je ne sais quelle supériorité idéologique et raciale du fascisme qui est la cause de la crise.
L’Étrange Défaite est du principalement :
à l’isolement de la France, lâché par la Russie, l’Angleterre et les États-Unis
à l’orthodoxie budgétaire des gouvernements de droite des années 30, auxquels participa un certain Philippe Pétain.
à l’aveuglement militaire doctrinal de Gabelin
Après l’analyse tactique que les fascistes ont gagné militairement grâce à leur force mécanique, terrestre et aérienne, De Gaulle fait l’analyse stratégique qu’à terme les fascistes vont perdre pour exactement la même raison.
Qui vivra par l’épée, périra par l’épée.
De Gaulle, profondément catholique, ne pouvait pas ignorer ce précepte biblique (Matthieu 26.52)
Sortir de l’isolement
Car la France n’est pas seule !
Elle n’est pas seule !
Elle n’est pas seule !
Je n’avais pas réalisé à quel point mongénéral était aussi un fin psychologue.
Que cette phrase répétée trois fois a du faire du bien !
Ce qui nous fait partir en vrille sur le plan individuel dans une crise qui nous dépasse, ce n’est pas tant la crise elle même,
que le constat anxiogène que seul, on ne peut rien faire.
Et c’est exact, seul on ne peut rien faire !
En revanche, rien ne nous condamne à rester isolés, et c’est même l’urgence numéro 1.
Sortir de l’isolement international
Car la France n’est pas seule !
Elle n’est pas seule !
Elle n’est pas seule !
Elle a un vaste Empire derrière elle.
Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte.
Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.
Le même principe est vrai sur le plan international.
En plus de la gabégie des futurs responsables Vichy, ce que la France, grand vainqueur de la première guerre mondiale,
a payé très cher, c’est qu’elle a perdu l’une aprés l’autre tous ses alliés.
L’Angleterre, le puissant allié naturel de la France, refuse d’appliquer le traité de Versailles et devient de plus en plus germanophile dans les années 30. Le roi anglais est un authentique nazi, Churchill est loin du pouvoir.
Les USA après avoir demandé et obtenu la création de la société des nations, se sont aussitôt retranchés dans un isolationnisme glacial.
La Russie est gouvernée par Staline, qu’on peut décemment qualifier de fasciste rouge, tant par l’aspect oppressif et ultra autoritaire de son régime en interne, que par son alliance objective - mais secrète - avec Hitler, avec qui il conclut un soi-disant “pacte de non-agression”, que les polonais ont très bien interprété comme un pacte d’agression contre eux.
La France perd à la catastrophique conférence de Munich son solide allié tchéquoslovaque.
Une vision gloobale
Cette guerre n’est pas limitée au territoire de notre malheureux pays.
Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France.
Cette guerre est une guerre mondiale.
Encore une fois, la situation décrite dans le paragraphe précédent est très spécifique.
La dureté même de la leçon militaire nazie, fait qu’elle va forcément être prise en compte, et donc qu’il va y être remédiée.
L’alliance Angleterre-États Unis-Union Soviétique va tôt ou tard se mettre en branle.
Chacun de ces trois pays est individuellement objectivement supérieur à l’Allemagne nazie.
Il faut être un abruti et/ou un fasciste pour attaquer les trois en même temps.
Et De Gaulle a bien compris qu’il faut tout faire pour se rallier du côté des futurs vainqueurs alliés.
On va apprendre de ces erreurs dramatiques
Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas que
il y a, dans l’univers, tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis.
Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure.
Le destin du monde est là.
La dureté même de la crise nous y oblige.
Et de fait,
L’empire britannique, le plus grand empire de l’histoire, va mettre en branle inlassablement ses immenses ressources
Les Étas-Unis sont gouvernés par un puissant gouvernement de gauche, qui déjà finance et arme de par son industrie et sa logistique sans pareil les britanniques et les soviétiques. Demain ils vont libérer la France, c’est certain.
Staline face à une menace génocidaire va faire une volte-face légendaire, déclarer une guerre patriotique sans merci, et permettre à l’Armée Rouge, au prix d’immenses sacrifices et grace à des génies stratégiques comme Georgy Zhukov, et au prix d’immenses sacrifices, de libérer le reste de l’Europe.
L’action c’est le remède
Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialisés des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
L’urgence est de sortir de la passivité et de se rassembler.
Une maxime pour les heures sombres
Quoi qu’il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Et on commence tout de suite
Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres. »
Maintenant qu’on est sorti du trauma, maintenant qu’on a compris, il est temps de se mettre en mouvement.
La première action proposée est d’une simplicité extrême.
=> Allumez votre radio demain
Pour le reste, on verra au fur et à mesure.
Vraiment une masterclass : rhétorique,psychologique, politique, militaire, tactique, stratégique, nationale et internationale.
Et nous ? Presque 100 ans plus tard.




